il y a 22 ans, Liberté disparaissait

Il y a 22 ans, le quotidien Liberté cesse de paraitre suite à une décision du tribunal de commerce de Lille. Le dernier numéro sort le mardi 7 juillet 1992. Voici quelques extraits du dernier numéro et un témoignage du camarade qui nous a fait parvenir ces pages.

Vous pouvez cliquez sur les images pour les agrandir. img1 img2 img3 img4

C’est Emile Barbarossa qui nous a envoyé ces pages issues du dernier exemplaire de Liberté qu’il a retrouvé « en rangeant son garage ». Il transmet également un témoignage sur l’importance de défendre Liberté Hebdo qui a pris la suite de Liberté quotidien et qui depuis 22 ans fait vivre le pluralisme de la presse dans la région.

« Liberté Hebdo, au-delà de l’aspect militant du journal, est issu de la volonté de faire vivre le pluralisme de la presse dans la région. 

En 2004/2005, alors que l’intégralité de la presse régionale titrait sur la nécessité de dire « Oui » à l’Europe du Capital, des marchés financiers, de la concurrence libre et non faussée, Liberté Hebdo était le seul journal de la Région à proposer un autre son, celui de la Résistance à cette Europe-là, celui de la possibilité d’une autre Europe.

Récemment encore, seul Liberté Hebdo dans la région a ouvert ses colonnes à la gauche radicale Belge qui se reconstruit. Cela n’intéresse pas le mastodonte régional appartenant pourtant au groupe de presse belge Rossel.  

J’ai eu la chance et le privilège de travailler à Liberté Hebdo, entre 2001 et 2003. C’est ça aussi Liberté.

Le papier qui m’aura le plus marqué est la contre enquête que j’ai mené vec l’aval et le soutien du rédacteur en chef de l’époque, Jean-Louis Bouzin, sur un « feuilleton historique » publié dans une locale de La Voix du Nord sur Eusebio Ferrari. Un jeune patriote communiste, tué à Anzin en 1942 de deux balles dans le dos par la gendarmerie aux ordres de l’Occupant. En lisant ce récit, qui avait choqué la communauté résistante régionale dans son ensemble, j’hallucinais. Tout était fait pour présenter ce jeune homme, mort à 23 ans (j’en avais guère plus au moment de la publication de ce « feuilleton »), comme un assassin, un bandit. Bandit et assassin, en effet, il le fut, si on considère que le plasticage de l’Oasis, une boîte de nuit située rue de Paris dans les années 40 et fréquentée par des officiers du Reich, et la mort de deux d’entre eux est un crime de Droit commun. Comme d’autres, j’avais plutôt tendance à penser qu’il s’agissait d’un acte de Résistance. Ce papier, rétablissant la mémoire d’un héros sali par un historien de caniveaux ne citant pas ses sources ou, lorsqu’il le faisait, ne citant que des organes dissous après la guerre pour collaborationnisme, de celui-là donc j’en tire une fierté personnelle. Mais sans Liberté, quel contre-pouvoir, y compris donc sur la mémoire historique de la Région aurait été possible. Sans Liberté, on aurait pu laisser transformer impunément un Résistant en criminel de sang ordinaire. La Résistance n’est pas un fait divers. Et le fait-même que cela ait pu être publié dans un journal portant le nom d’un réseau de résistance avait de quoi donner des frissons glacials.

De Liberté quotidien, je n’en ai que peu de souvenir. Je me souviens cependant de son slogan « le parti pris des gens ». Une chose et certaine, Liberté Hebdo est la continuité d’une lignée d’un journalisme à part, entamée dans la région avec l’Enchaîné, et poursuivit durant des décennies avec Liberté quotidien.

En 1992, lorsque ce titre disparaissait, la presse écrite quotidienne comptait encore de nombreux titre : Nord Matin, Nord Eclair, La Voix du Nord, Nord Littoral… Aujourd’hui, le premier de cette liste a disparu, quant aux trois autres, ils appartiennent au même groupe.

Liberté Hebdo, au-delà du journal-outil, au-delà du journal d’opinion, constitue un rempart à l’uniformité du débat (ou plutôt, à l’absence du débat) et à un nivellement par le bas de l’information.

La courte période que j’y ai passé, en qualité de rédacteur de presse, compte parmi les plus riches, les plus fortes que j’ai connues. Liberté, c’est plus qu’un journal. C’est une voix. Une voix avec un ton différent. Qui tranche considérablement avec la pensée unique cadenassée au-delà de laquelle il n’y aurait que populisme ou sophisme. Les frères Goncourt le disaient « Un journal, c’est d’abord un drapeau qui parle. Et toute cause arbore un journal ». Quand l’immense majorité des organes de presse subissent la pression des puissances financières, jusqu’à créer des risques psycho-sociaux (comme récemment au « Monde »), subissent une ligne éditoriale ou l’amalgame prime sur l’enquête, où le recyclage des dépêches priment sur l’écoute du terrain, et où le drapeau qui parle est celui des Banques et des marchés financiers, Liberté Hebdo, oui, assume son drapeau, et le montre à voir.

Et cette transparence fait un bien fou, dans un monde où les pires monstres de l’Histoire, les mêmes que les fondateurs de Liberté quotidien ont physiquement combattus, se baladent tranquillement avec la complaisance coupable de ceux qui ont, semble-t-il, sombré dans l’amnésie volontaire. »

Emile BARBAROSSA, 36 ans

Ancien rédacteur de presse à Liberté Hebdo au début des années 2000

Soutenez liberté, abonnez vous !

Publicités

Publié le 7 juillet 2014, dans Les Actus de Liberté, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :